Services de santé au travail : où en est-on ?

Accueil > Ma Vie Pro > En débat > ARTICLE "Services de santé au travail : où en est-on ?"

En débat

Services de santé au travail : où en est-on ?

Même si le cœur de ses missions reste inchangé, la médecine du travail des hôpitaux publics évolue vers davantage de pluridisciplinarité et une meilleure prise en compte des réalités du terrain.

C’est le décret du 4 décembre 2015 qui régit les services de santé au travail au sein des hôpitaux publics. Appliqué depuis le 1er janvier 2016, il est lui-même issu de la loi du 20 juillet 2011, relative à l’organisation de la médecine du travail. Les objectifs de ces services ? Ils restent inchangés, à savoir « éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail ». Pour ce faire, les médecins et infirmiers assurent la surveillance de l’état de santé des personnes en fonction des risques concernant leur sécurité et leur santé au travail, de la pénibilité de ce dernier et de leur âge. Ils mènent également des actions de prévention. En 2013, sur 6035 médecins du travail, 540 exerçaient au sein des établissements publics hospitaliers, soit 8,9%. « A l’hôpital, les risques professionnels sont nombreux, précise le Dr Hélène Béringuier, présidente de l’Association nationale de médecine du travail et d’ergonomie du personnel des hôpitaux (ANMTPH). Il s’agit des risques physiques, notamment au cours de la manutention des malades, infectieux, avec l’exposition aux virus, psycho-sociaux et aussi chimiques avec l’exposition à des produits dangereux pour la santé. Le personnel des hôpitaux publics ne néglige pas sa santé à proprement parler, mais il a tendance à penser que les malades, ce sont les autres, ceux dont il a justement la charge. »

Concrètement, le décret qui s’applique depuis le 1er janvier 2017, « apporte des avancées, selon le Dr Béringuier, même si l’on peut toujours mieux faire ». Les visites médicales périodiques passent d’une par an, à au moins une tous les 24 mois. « En effet, les médecins du travail ne parvenaient pas à voir tout le monde en une année. Il était donc plus pertinent de repousser à deux ans, même si c’est encore difficile dans beaucoup de services de santé. »

Le décret précise aussi qu’un service autonome de santé du travail est constitué d’un médecin au minimum pour 1500 agents. Quand l’établissement emploie moins de 1500 personnes, les médecins et infirmiers du travail peuvent être rattachés à un service inter-établissements. Surtout, le texte de loi formalise la mise en place d’équipes pluridisciplinaires. « Un service de base comprend un médecin, un infirmier et un assistant médico-administratif, précise le Dr Béringuier. En fonction des besoins de l’établissement, il peut être intéressant de s’adjoindre les compétences d’un psychologue, d’un ergonome, d’un toxicologue, ou autres. Les médecins du travail sont très demandeurs de cette pluridisciplinarité car elle les aide à se recentrer sur leur mission. » Quoiqu’il en soit, la présidente de l’ANMPTH décrit « des équipes très investies dans leur rôle. Elles savent que le personnel hospitalier soignera d’autant mieux qu’il sera lui-même en bonne santé et bien dans son travail. »

A PARTAGER SUR :

Rémi Delekta

DRH des Centres hospitaliers Saint-Lô et Coutances (50)

La santé au travail est un partenaire à part entière des ressources humaines

« Notre service de santé au travail est composé d’un médecin du travail, de trois infirmières polyvalentes et d’une ergothérapeute. Il est un acteur incontournable de la politique de santé et de qualité de vie au travail pour nos 2000 agents hospitaliers. Il travaille au quotidien avec le CHSCT, la Direction des ressources humaines, la Direction des soins et les autres directions fonctionnelles. Parmi ses nombreuses missions, outre la prévention, les vaccinations et le suivi médical, figurent les études de postes, les préconisations en terme d’ergonomie et d’achat de matériel, mais aussi les formations à la prévention des risques liés à l’activité physique, sur le terrain, avec démonstration de l’usage des matériels. Nous n’imaginons pas aujourd’hui fonctionner sans le service de santé au travail ! Nous envisageons que les infirmiers assurent des consultations avancées auprès des personnels et que le service de santé au travail optimise l’aide à la décision sur les affectations de personnels à travers une cartographie hospitalière des restrictions d’aptitude. »

Isabelle Putto

Infirmière au sein du service de santé au travail de l’hôpital de la Conception à Marseille.

Notre travail nécessite de grandes qualités d’écoute

« Notre service est constitué d’un médecin, de deux infirmières et deux secrétaires pour 2400 agents. Il s’agit de sensibiliser les personnels aux vaccinations, de surveiller les accidents d’exposition au sang, d’informer sur l’utilisation des équipements de protection etc. Je reçois les personnels lors des entretiens infirmiers, afin d’effectuer une surveillance de leur santé en rapport avec leur travail, à partir d’une trame spécifique élaborée en collaboration avec le médecin du service et sous sa responsabilité. Au cours de ces entretiens, j’informe, je sensibilise et fais de la prévention individuelle. C’est un travail qui implique de grandes qualités d’écoute et des relations de confiance entre les uns et les autres. »