Pourquoi la télémédecine peine-t-elle à se développer ?

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Pourquoi la télémédecine peine-t-elle à se développer ?

La médecine à distance rend de grands services aux patients, notamment dans les territoires touchés par la désertification médicale. Elle pourrait se déployer à plus grande échelle, à condition de lever quelques freins.

La télémédecine est une forme de pratique médicale à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication », précise l’article L. 6316-1 du code de la santé publique. Elle englobe : les actes de téléconsultation (un médecin réalise une consultation à distance) ; de télé expertise (un praticien demande un avis à un autre professionnel de santé) ; de télésurveillance (un spécialiste lit le résultat d’examens à distance afin de décider d’un traitement ou d’une prise en charge) ; de téléassistance médicale (un chirurgien est secondé à distance par un confrère au cours d’un acte médical) ; ainsi que la régulation médicale (après l’appel du 15).

La définition des actes de télémédecine, leurs conditions de mise en œuvre et de financement sont fixées par le décret du 19 octobre 2010. Si la télémédecine a pu voir le jour, c’est grâce à l’avènement de technologies de pointe qui englobent les techniques de l’informatique et des télécommunications. Parmi les applications possibles, citons la transmission électronique de données cliniques, biologiques et d’imagerie, les systèmes de visioconférence, les actes médicaux assistés par ordinateur…

Concrètement, la télémédecine améliore la coordination entre les différents professionnels de santé. Elle donne accès à des soins de qualité à toute la population, y compris dans les régions les plus reculées. Elle permet aussi le suivi, à domicile, de malades chroniques, en évitant des hospitalisations inutiles. Plusieurs sites en France y ont recours. À Lille, la télécardiologie s’adresse aux patients à qui l’on a implanté un défibrillateur. Celui-ci est relié à un appareil qui analyse les paramètres cardiaques en permanence et alerte le cardiologue en cas d’anomalie. En Picardie, la télédermatologie permet de suivre des patients avec des plaies complexes et détecte des tumeurs cutanées.

Mais la télémédecine pourrait se développer davantage. À cet égard, le Conseil national de l’Ordre des médecins pointe une double nécessité : encourager davantage ces pratiques en simplifiant les conditions réglementaires de mise en œuvre. Mais aussi réguler la multiplication des offres numériques de santé – des services de téléconsultation par exemple – effectuées par des plateformes marchandes ou des assurances complémentaires dans un contexte juridique flou.

Quant à Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), il en appelle à « déverrouiller la pratique de la télémédecine ». En effet, l’un des principaux freins est lié à un manque d’impulsion de la part des pouvoirs publics, qui peinent à accompagner les établissements de santé dans la structuration de leurs projets de télémédecine. À cela s’ajoute l’absence de reconnaissance d’une tarification de ces nouvelles pratiques. C’est d’autant plus nécessaire qu’établissements, professionnels de santé et patients sont favorables à leur développement.

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Dr Jérémie Dassa

Chef du service neurologie à l’hôpital Émile-Roux au Puy-en-Velay, en Haute-Loire

La télémédecine appliquée à la prise en charge des AVC est un garant de l’égalité des soins

Depuis juillet 2016, un dispositif de télémédecine a été mis en place pour les victimes d’un AVC. Les neurologues n’étant pas assez nombreux pour qu’il y ait des tours de garde assurés le soir et le week-end dans les hôpitaux périphériques de la région Auvergne, c’est le neurologue basé à Clermont-Ferrand qui prend le relais. En cas d’AVC, il réalise l’examen clinique à distance du patient, avec l’aide de l’urgentiste sur place, et a accès sur un deuxième écran à l’imagerie cérébrale qui vient d’être réalisée. Il peut ainsi décider de l’opportunité d’une fibrinolyse, une perfusion permettant de faire fondre le caillot responsable de l’AVC. Or, plus ce geste est effectué tôt, plus il est efficace. Avec ce dispositif, tous les patients bénéficient de la même expertise neuro-vasculaire. La TéléAVC limite la survenue de handicaps irréversibles auprès de toute la population, et pas seulement des personnes habitant près d’un CHU.

Pr Nathalie Salles

Gériatre et chef de pôle de gérontologie clinique au CHU de Bordeaux. Présidente élue de la Société française de télémédecine (SFT).

Il est urgent de démocratiser la télémédecine !

La télémédecine facilite l’accès aux soins : on peut bénéficier d’une consultation spécialisée sans sortir de chez soi. De plus, c’est une solution incontournable dans le contexte actuel de désertification médicale. Enfin, elle est aussi un formidable moyen de montée en compétences des soignants : quand nous travaillons à plusieurs autour d’un patient en téléconsultation, nous partageons mieux nos connaissances et les décisions qui en ressortent sont appliquées correctement car bien comprises par tout le monde. Pour autant, nous n’en sommes qu’au début, le frein majeur étant lié à la tarification. Celle-ci fait encore l’objet d’expérimentations alors que les besoins en termes d’accès aux soins ne font qu’augmenter. Certains patients, résidant dans des régions enclavées, n’auraient accès à aucune consultation sans cet outil. Il est donc devenu urgent de démocratiser la télémédecine, pour un accès à tous où que l’on vive en France !