Obligation vaccinale : quels sont les bénéfices ?

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Obligation vaccinale : quels sont les bénéfices ?

Le nombre des vaccins obligatoires chez les jeunes enfants passera de trois à onze pour les bébés nés à partir du 1er janvier. C’est l’une des principales mesures du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Objectif : améliorer leur protection contre des maladies potentiellement graves.

Les Français sont 17 % à douter de l’efficacité des vaccins, et 12 % considèrent que les vaccins infantiles ne sont pas importants. C’est ce que montre une enquête réalisée en 2015 par des chercheurs de la London School of Hygiene and Tropical Medicine auprès de 65 000 personnes résidant dans 67 pays. Ces chiffres font de la France le pays européen le plus réticent à l’égard des vaccins. C’est dans ce contexte de défiance que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé, en juillet dernier, l’intention du gouvernement de rendre obligatoire huit vaccins supplémentaires (coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, Haemophilus influenzae B, pneumocoque, méningocoque C), en plus des trois existants (diphtérie, tétanos, poliomyélite ou DT-Polio) pour les enfants. Les huit vaccins en question étaient jusqu’à présent seulement recommandés. 

« C’est un impératif de santé publique », a justifié la ministre. Cette décision est née d’un constat : la couverture vaccinale en France est insuffisante. L’Organisation mondiale de la santé préconise un taux de 95 % pour les vaccins non obligatoires, afin d’empêcher l’apparition d’épidémies de rougeole ou d’autres maladies. Or le taux français se situe entre 70 % et 85 % pour l’ensemble des vaccins recommandés. Avec, à la clé, 24 000 cas de rougeole entre 2008 et 2016, plus de 1 500 complications et 10 décès d’enfants. Quant au méningocoque C, à l’Haemophilus influenzae B et au pneumocoque, ils sont à l’origine de pneumopathies et de méningites.

Les pouvoirs publics comptent sur l’obligation vaccinale – recommandée par la Conférence citoyenne sur la vaccination – pour restaurer la confiance des Français. En effet, le remboursement des vaccins obligatoires indique un investissement fort du pays en faveur de la santé infantile. Cependant, les mouvements anti-vaccins se font de plus en plus entendre : ils estiment que les vaccins en question contiennent des adjuvants potentiellement dangereux et qu’ils peuvent provoquer des maladies graves. Enfin, selon eux, cette obligation porte atteinte à la liberté individuelle.

Et les professionnels de santé ?

Les soignants sont tenus de se vacciner, à la fois pour se protéger de certaines maladies, et aussi pour éviter de contaminer les personnes dont ils ont la charge.
Les étudiants des professions médicales et paramédicales ainsi que les professionnels exposés des établissements de soins, de prévention ou hébergeant des personnes âgées doivent être vaccinés contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et l’hépatite B. Le personnel des laboratoires d’analyses médicales doit être vacciné contre la typhoïde. L’acte est à la charge de l’employeur quand il est justifié par un risque professionnel. Les vaccinations contre la rubéole et la grippe sont seulement recommandées.

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Bernadette Devictor

Présidente de la Conférence nationale de santé.

L’obligation doit s’accompagner d’une information claire et transparente

La nécessité d’améliorer la couverture vaccinale en France ne fait pas de doute : on ne peut accepter que des enfants meurent encore de la rougeole dans notre pays. La Conférence nationale de santé ne s’était pas prononcée en faveur de l’obligation vaccinale, lui préférant une démarche de responsabilisation individuelle et collective passant par une campagne d’information et de communication, mais notre instance prend acte de la décision de la ministre de la Santé d’y recourir. Cependant, compte tenu du climat de défiance actuel à l’égard des vaccins, il ne peut s’agir d’une mesure isolée. Elle doit impérativement s’accompagner d’une information complète et transparente sur les enjeux de la vaccination. Il faut aussi répondre aux interrogations de nos concitoyens, quelles qu’elles soient, même lorsque les réponses à apporter sont complexes.

Pr Alain Fischer

Spécialiste d’immunologie pédiatrique, titulaire de la chaire Médecine expérimentale au Collège de France depuis 2014. Président de la Conférence citoyenne sur la vaccination

Quand on se vaccine, on protège aussi les autres

L’efficacité des vaccins qui entrent dans le champ de la future obligation vaccinale est indiscutable. De plus, ils protègent de maladies potentiellement graves. La rougeole est bénigne mais peut évoluer en pneumopathie ou en encéphalite à l’issue parfois fatale. On compte encore 110 cas de méningites à méningocoque C par an en France, dont 10 % à 20 % sont mortels et 20 % laissent de lourdes séquelles. Quant à l’hépatite B, elle reste responsable de 1 200 morts par an. Non seulement la vaccination protège les enfants qui ont reçu l’injection mais, à partir d’un certain pourcentage de protection atteint au sein de la population, on peut arrêter la circulation des virus et la propagation de maladies comme la rougeole ou la rubéole. C’est ce que l’on appelle l’immunité de groupe. L’obligation de porter une ceinture de sécurité a d’abord été vue comme une atteinte à la liberté. Aujourd’hui, il ne viendrait à l’idée de personne de revenir sur cette mesure car elle sauve des vies.