Notre politique de prévention est-elle en panne ?

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Notre politique de prévention est-elle en panne ?

Mieux vaut prévenir que guérir : tout le monde est d’accord avec l’adage populaire. Mais comment rendre plus efficaces les actions de prévention pour qu’elles atteignent leurs objectifs 

« En dépit d’indicateurs de santé globalement bons, la mortalité prématurée est plus élevée et l’espérance de vie sans incapacité plus faible (en France) que dans les autres pays de l‘Union européenne. Les inégalités sociales et régionales d’accès à la santé persistent. L’espérance de vie d’un cadre à 35 ans est ainsi de 6,3 années supérieure à celle d’un ouvrier. » Tel est le constat du Conseil économique, social et environnemental dans un rapport de 2012. Force est de constater que les campagnes de prévention lancées régulièrement en France ne portent pas toujours leurs fruits. Ainsi, 47 % des adolescents de 17 ans sont fumeurs, alors que les premières campagnes de prévention contre les méfaits du tabac existaient bien avant leur naissance. La prévalence d’obésité et de surpoids stagne malgré les incitations à bouger et à choisir une alimentation variée et équilibrée. Quant aux campagnes nationales de dépistage contre le cancer, elles ne touchent qu’une partie des personnes concernées : un tiers de la cible réalise les tests de dépistage du cancer colorectal et la moitié le dépistage du cancer du sein.

Si les campagnes d’information gardent tout leur intérêt – le récent plan gouvernemental d’actions de prévention en prévoit d’ailleurs de nouvelles –, elles ne peuvent à elles seules relever le défi de la prévention. Il semble évident que les professionnels de santé, les généralistes au premier chef, ont un rôle fondamental à jouer. Lors de consultations de renouvellement d’ordonnance, à l’occasion d’un rhume ou d’une pathologie plus grave, le médecin peut en profiter pour poser des questions sur le mode de vie, les conditions de travail, les addictions éventuelles et informer des possibilités de dépistage ou d’aide (au sevrage tabagique par exemple). Des consultations dédiées, programmées aux différents âges de la vie, seraient sans doute plus efficaces à long terme. Ce qui pose la question de la formation initiale et continue des médecins qui abordent très peu, à ce jour, les questions de prévention. La médecine du travail et la médecine scolaire permettent de voir des publics plus larges, à différents âges de la vie. Malheureusement, la France compte seulement 5 264 médecins du travail pour 22,8 millions de salariés et 1 100 médecins scolaires pour 12 millions d’élèves.

Les objets connectés peuvent également contribuer à la prévention. Certains aident les citoyens à devenir acteurs de leur santé, en mesurant leur tension, en évaluant leur niveau d’activité physique ou la qualité de leur alimentation. Mais ils ne peuvent être qu’une partie de la solution. Et à condition de réduire la fracture numérique et de permettre à tous les Français d’avoir accès aux mêmes outils, quels que soient leur milieu d’origine et leur lieu de résidence.

 

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Sylvie Quélet

Directrice de la prévention et de la promotion de la santé à l’agence Santé Publique France

Changer les comportements prend du temps

Les campagnes de prévention constituent un outil, parmi d’autres, pour informer la population des risques que certaines habitudes, comme le tabagisme, font courir à sa santé. Elles valorisent aussi des aides, comme le site tabac-info-services ou le recours aux professionnels de santé. Les campagnes s’inscrivent dans des stratégies globales s’appuyant sur des actions de terrain, des lois, des dispositifs d’aide… Elles sont toujours un volet d’une politique plus large, elles ne fonctionnent jamais seules. Changer les comportements prend du temps. Il faut que le sujet traité soit inscrit dans l’agenda politique et devienne une priorité de santé publique, même si au début, le message est peu entendu. Les campagnes sont bâties à partir de données épidémiologiques, sociologiques, sociales qui nous aident à bien connaître les populations cibles, à choisir les mots qui seront les plus percutants. Nous tenons également compte de l’inégalité à l’accès et à la compréhension de l’information

Dr J-Marcel Mourgues

Président de la section Santé publique et démographie médicale du Conseil national de l’Ordre des médecins

Le médecin généraliste peut jouer un rôle de coordonnateur

Si les objectifs des campagnes de prévention – sur le dépistage du cancer du sein ou du côlon - sont partiellement atteints, des progrès restent à faire, notamment pour réduire les inégalités sociales de santé. À cet égard, des consultations spécifiquement consacrées à la prévention devraient jalonner tous les âges de la vie – avec une rémunération spécifique à trouver dans le cadre des négociations conventionnelles –, et ce dès le plus jeune âge, car les inégalités commencent à la naissance. Le médecin généraliste mais aussi le pédiatre ou le médecin scolaire ont vocation à jouer un rôle de coordonnateurs. Sans détenir un monopole : ce travail de prévention primaire doit se faire en coordination, justement, avec les soignants hospitaliers, même si ces derniers sont davantage concernés par la prévention secondaire ou tertiaire. Il serait dommage de reproduire le cloisonnement existant dans les soins curatifs entre hospitaliers et libéraux.