Que mangerons-nous dans le futur ?

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Que mangerons-nous dans le futur ?

Entretien avec Louis-Georges Soler, Directeur de recherche, unité alimentation et sciences sociales, Inra.

Demain, quels seront les nouveaux aliments ? Mangerons-nous encore de la viande ? Réponses avec Louis-Georges Soler.

 

À quoi ressemblera l’alimentation de demain ?

Nos sociétés avancées sont confrontées à deux enjeux majeurs. L’un, de santé publique, lié aux régimes excédentaires en calories, à la généralisation des cas de surpoids et d’obésité ; l’autre, de nature environnementale, les systèmes alimentaires contribuant à hauteur de 25 % aux émissions de gaz à effet de serre. La nécessité de relever ces enjeux va conditionner en partie nos modèles alimentaires, pousser à l’adoption de régimes alimentaires moins riches en produits d’origine carnée et plus riches en produits végétaux. On voit déjà la consommation de viande fléchir dans les sociétés occidentales.

 

Beaucoup de consommateurs mangent sucré, gras, salé… Les goûts changent lentement. L’innovation alimentaire va-t-elle aider à modifier ces comportements ?

Les industriels innovent et modifient les caractéristiques des produits. On trouve déjà de la charcuterie peu salée. Certains produits vont intégrer davantage de protéines végétales. Par exemple, des yaourts élaborés avec un « lait » d’origine végétale, des produits à base de farine de légumineuses, etc.

 

Croyez-vous à l’essor de produits un peu futuristes, comme les insectes, les algues, la viande reconstituée ?

La consommation d’insectes, actuellement interdite en France, soulève plusieurs interrogations : digestibilité, risques allergiques, risques bactériens… En outre, l’acceptabilité du consommateur semble faible. Les algues présentent un fort potentiel de protéines, de glucides et de nombreux micronutriments. Mais on ne dispose pas encore d’études avancées de l’impact sur l’homme d’une consommation importante d’algues. Et on ne connaît pas encore le modèle de production durable à grande échelle.

       

Qu’en est-il de la viande produite in vitro, obtenue à partir de cellules-souches en laboratoire et qui apparaît comme une solution pour résoudre les problèmes de bien-être animal et de sécurité alimentaire ?

Il faut également trouver un modèle de production à grande échelle et aussi susciter l’acceptabilité des consommateurs pour un produit hautement technologique, ce qui n’est pas facile. La vision anxiogène de l’alimentation, qui reflète les inquiétudes de l’opinion publique, est souvent liée à des dossiers technoscientifiques : OGM, « vache folle », pesticides… La transformation des produits alimentaires a fortement contribué à la modernité des modes de vie, mais elle a simultanément créé une distance avec les produits naturels et contribué à la défiance du consommateur.

 

Les compléments alimentaires, richement dotés en vitamines et autres micronutriments, vont-ils prendre une place dans le paysage alimentaire ?

Effectivement, il y a une forte hausse de la consommation de compléments alimentaires, liée à différentes logiques de consommation (sportifs, végétariens, personnes allergiques…). Mais les autorités sanitaires recommandent la prudence vis-à-vis de ce type de produits. Les compléments alimentaires ne peuvent constituer le cœur d’un régime alimentaire.

 

La variable essentielle conditionnant l’alimentation du futur n’est-elle pas la nécessité de nourrir une population mondiale estimée à 9 à 10 milliards en 2050 ?

La croissance démographique, le changement climatique, la malnutrition (sous-nutrition ou surnutrition) constituent les grands enjeux à venir de la planète. C’est un sujet complexe, car il y a beaucoup d’incertitudes (projection démographique, évolution des techniques et des rendements, paysage commercial mondial…).
Les scientifiques ont une certitude : si le modèle actuel perdure (constitution de mégapoles, concentration de la production par des firmes mondiales globales, régimes alimentaires inchangés…), il n’est pas durable. La pression sur les terres, la déforestation, les conséquences climatiques sont insupportables pour la planète.

 

Vers quel modèle faudrait-il s’orienter ?

La modification des régimes alimentaires, notamment en réduisant la consommation de la viande, est l’une des clés de la solution. Côté production, il faut encourager la diversification des cultures dans les différentes régions du monde, trouver les moyens d’augmenter la production agricole, les rendements, tout en réduisant l’impact environnemental de ces cultures.

 

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