Infirmière anesthésiste au CHU de Rennes, Nolwenn Febvre a eu l’idée d’utiliser des petits ours en peluche pour réduire l’anxiété des enfants lors de leur passage au bloc opératoire. Retour sur une idée géniale qui s’est transformée en association nationale.

« Je n’en pouvais plus d’entendre les cris et les pleurs des enfants au bloc », confie Nolwenn. C’était en 2011. La jeune mère de deux jeunes enfants est au creux de la vague. Toute la souffrance des enfants opérés qu’elle voit chaque jour lui pèse et la tension ressentie la fait douter de sa vocation. Elle envisage de rendre sa blouse d’infirmière. Un jour, l’un de ses petits patients lui jette au visage en pleurant : « je n’ai pas mon doudou !». « J’ai alors pris conscience que la technicité que nous mettions en œuvre pour réduire leur stress ne suffisait pas. Les enfants avaient besoin d’un objet rassurant et réconfortant. » De retour chez elle, Nolwenn contacte une entreprise de fabrication de doudous qui lui envoie immédiatement une caisse d’une cinquantaine d’oursons. « En les distribuant aux petits patients, j’ai constaté l’effet immédiat qu’ils produisaient sur les enfants mais également sur le personnel soignant, plus détendu. » Avec deux collègues, elle crée alors l’association Les P’tits Doudous.

Tout le monde y gagne

Mais où trouver les fonds pour l’achat de doudous ? « En voyant tous les instruments métalliques, contenant du cuivre, de l’inox et de l’aluminium, qui partaient à la poubelle lors des opérations, j’ai eu l’idée de les récupérer pour les recycler. » Non seulement le financement est trouvé mais il s’inscrit dans une démarche écoresponsable qui permet à l’hôpital de réduire ses déchets hospitaliers. Tout le monde y gagne ! Petit à petit, la démarche auprès des enfants se structure. « Les petits patients reçoivent un masque d’anesthésie avant leur intervention et des gommettes pour le customiser, comme ils le souhaitent. Ils apprivoisent ainsi cet objet anxiogène et arrivent beaucoup moins stressés au bloc. Après l’opération, nous leur remettons leur doudou comme une récompense et nous avons constaté une baisse sensible des troubles post-opératoires. » En 2014, l’association développe un projet numérique, un jeu vidéo sur tablette tactile intitulé, « Le héros, c’est toi ! ». Il permet à l’enfant de devenir acteur de son parcours de soin en se familiarisant avec les différents univers de l’hôpital. « Ce jeu a fait l’objet d’une étude à la Faculté de médecine et de l’Université de psychologie de Rennes qui a attesté de son efficacité pour réduire l’anxiété », se félicite Nolwenn.

L’association prend de l’ampleur

Au fil des années, l’association Les P’tits Doudous suscite l’intérêt de nombreux autres établissements. « Nous avons alors rédigé une charte d’engagement pour que chaque soignant volontaire puisse mener nos actions au sein de son service, précise Nolwenn. » En 2017, l’association nationale voyait le jour. Elle compte aujourd’hui 90 structures locales.

Aujourd’hui, plus question pour Nolwenn d’envisager de changer de métier. Bien au contraire, cette aventure a redonné du sens à son travail quotidien. Et si aujourd’hui elle consacre un mi-temps à l’association, elle n’envisage pas de lâcher son poste d’infirmière anesthésiste au bloc. « Notre démarche profite aux enfants bien sûr mais également au personnel soignant qui peut intervenir dans de meilleures conditions et aux parents, plus sereins de voir leurs enfants moins stressés. » Un doudou a beaucoup plus de pouvoirs qu’il n’y parait…